Now Playing Tracks

Il vous est peut être arrivé de manquer un train… Partir de chez vous tardivement, vous avez vu soudain jaillir non seulement les embarras décrits par Boileau voici plus de deux-cent cinquante ans, mais d’autres encore: vous avez eu beau prendre métros et taxis, vous précipiter vers le guichet, tout essoufflé demande votre billet, remis avec un flegme très administratif, courir vers le quai de départ, vous n’avez aperçu qu’une lanterne rouge à l’éclat déjà atténué par la distance…
Vous vous êtes enquis de l’heure du train suivant, trop éloigné à votre gré, et, cependant trop proche pour vous permettre de sortir de la gare: alors, morne vous avez erré, vous avez essayé de lire votre journal, mais vous l’avez replié, votre esprit était ailleurs ; vous avez examiné les pacotilles vendues aux kiosques des tabacs ; à la librairie, vous avez parcouru les titres des volumes exposés sans vous décider pour aucun. Peut être avez-vous trouvé à philosopher en regardant passer les voyageurs : actifs et nonchalants, affairés et désoeuvrés, gais et tristes, riches et pauvres, travailleurs et rentiers, gros et maigres, grands et petits ont défilé devant vos yeux.
L’heure de votre train approchant, vous avez quitté le hall et gagné le quai sans avoir visité le seul endroit où vous auriez pu apprécier le vers de Charles Cros:

«  Peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares »

Ce bonheur, celui du vieux papiériste, vous l’auriez trouvé dans la salle des bagages. Je voulais vous y conduire, vous y faire circuler au milieu des malles, caisses, paniers, valises etc, non pas pour rechercher un colis égaré, mais seulement pour examiner les papiers collés sur les bagages.

We make Tumblr themes